Réservé aux tout-petits

Plus habituellement, certains domaines sont réservés aux adultes. Par exemple, selon l’adage, "le mariage n’est pas pour les enfants". Autrement dit, seules les personnes suffisamment mûres et capables de responsabilité sont admises à convoler, du moins en principe. Certes, il se trouve aussi des portions d’espaces d’où sont exclus "les grands", telles certaines aires de jeu dimensionnées pour les personnes de faible poids et de petite taille, c’est une question de technique et de bon sens. Mais pourquoi dans l’évangile de ce dimanche, Jésus appelle-t-il ses disciples "petits enfants", ce qu’il ne fait nulle part ailleurs dans les quatre évangiles ?

Cette appellation surprenante ne serait-elle pas liée au don solennel du "commandement nouveau", comme si la capacité de l’amour mutuel prescrit aux disciples tel que Jésus leur en a donné l’exemple était réservé aux tout-petits ? En effet, « le Christ Jésus qui était dans la condition de Dieu s’est anéanti, prenant la condition de serviteur » : lui qui demeure de toute éternité le Très-Haut avec son Père dans l’unité de l’Esprit Saint, il s’est fait tout petit parmi les hommes pour leur montrer « quel abaissement ils doivent imiter ».

Ce n’est pas d’un abaissement de vilenie qu’il s’agit, mais du grand don de l’amour absolu, capable d’un parfait renoncement à soi pour l’autre. Comment mettre en pratique le commandement nouveau si notre ego pèse plus lourd pour nous-même que le prix accordé à autrui, si l’idée de notre propre dignité se faisant hors gabarit nous ne passons plus dans les portes qui s’ouvrent sur le lieu du pauvre et de l’humilié ? Seule une folie soufflée par le diable en personne nous inspirerait de nous croire plus grand ou plus considérable que Dieu lui-même. Imitons-le donc, qui s’est fait petit pour rejoindre le moindre et le glorifier de son amour éternel.
Père Marc Lambret



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