Ayez des pensées droites !

Dans la parabole du fils prodigue (évangile de ce 4e dimanche de carême en année C), aucun des deux frères ne manifeste une juste estime du père. L’aîné exprime amèrement qu’il le tient pour un maître sévère et avare. Quant au cadet, il l’a d’abord sommé cavalièrement de lui donner son "dû" afin de le planter là comme un tuteur inutile et importun, puis, au retour, il calcule d’obtenir auprès de lui un traitement d’ouvrier faute d’espérer être toujours reconnu comme un enfant de la maison. Pourtant, ce père mérite bien qu’on lui décerne le titre de "prodigue" accolé au puîné, tant il manifeste de générosité inépuisable envers ses ingrats rejetons.

L’image catastrophique que l’humanité se fait de Dieu est bien en question dans cette parabole de la miséricorde. Elle motive ce cri vibrant au début du livre de la Sagesse : « Ayez sur le Seigneur des pensées droites ! » Ce n’est pas seulement au sujet du Créateur que l’homme nourrit des "pensées tortueuses", comme le déplore ensuite l’auteur. Plus il invoque hautement la raison, plus il bafoue le bon sens et l’honnêteté intellectuelle lorsque ses passions, ses peurs ou ses intérêts le lui suggèrent. De ce point de vue, l’épisode de la guérison de l’Aveugle-né, évangile de l’année A que nous prenons pour les catéchumènes adultes appelés à recevoir le baptême à Pâques, projette une lumière crue sur ce triste travers.

Dimanche dernier, la Parole nous appelait à la conversion du cœur : laisser toute haine, même contre l’ennemi, pour entrer dans la vie sous le signe de l’amour de Dieu. Aujourd’hui, si nous sommes encore renvoyés à notre lenteur à croire à la miséricorde, nous recevons de plus une leçon de raison : confessons donc nos "mauvaises fois" pour mieux recevoir la grâce d’une pensée droite, aussi bien sur le monde et nos semblables que sur le Seigneur qui nous illumine par la Révélation du salut en son Fils Jésus Christ, venu pour que ceux qui ne voient pas puissent voir.
Père Marc Lambret



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