Il faudrait être un saint

Pour donner à entendre qu’une tentation fut vraiment irrésistible, vous dites qu’il aurait fallu être un saint pour ne pas y succomber. Mais justement : le chemin de la sainteté est jalonné de telles performances au-dessus de nos forces de pécheurs, et pourtant accomplies dans le mouvement de l’Esprit. Cela ne se produit certes pas sans concéder la part d’effort nécessaire qui nous incombe. Mais, surtout, cela ne saurait arriver qu’à condition d’y croire et de le demander. Or, ce chemin s’ouvre à tous et, notamment, quiconque se pare du nom de chrétien y est obligé.

Bien sûr, il n’est jamais interdit de se montrer intelligent. La bêtise plus ou moins volontaire constitue souvent un alibi commode. Par exemple, « À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre » devient un précepte inepte si je le comprends comme une incitation pour le brutal à redoubler sa frappe. Il faut laisser le Seigneur lui-même éclairer sa parole par son agir, lui qui n’a pas encouragé le serviteur du grand-prêtre à récidiver, mais l’a repris pour son bien, au risque en effet d’en prendre une autre.

La Parole est donnée à la raison autant qu’au cœur : bienheureux celui qui la reçoit ainsi pleinement pour la mettre en pratique et progresser spirituellement par tout ce qu’il aura fait de bien. Le bien, je peux le connaître par ma conscience éclairée par la Parole. Même à contrecœur, je décide de l’accomplir parce que j’y crois. Et mon cœur change. Le Christ ne nous dit pas que nous devrions être saints, il nous appelle à l’être et nous donne la grâce de le devenir, pour peu que nous l’aimions en actes et en vérité.
Père Marc Lambret



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