Descendre sans déchoir

La hantise des grands de ce monde et des personnes de haut rang, ou qui se considèrent telles, est souvent de paraître en-dessous de leur dignité. Cette préoccupation les garde sûrement de bien des vilenies, ou de simples peccadilles, auxquelles elles se seraient peut-être laissées aller sinon. Mais une telle disposition leur fait courir un risque sérieux de tomber dans la morgue, la prétention ou l’insensibilité qui ne sont pas de
petits défauts.

Qui plus que Dieu pourrait se considérer comme grand ? Il s’est fait le plus petit dans la « condition d’esclave » qui est celle des humains par suite de leur chute dans le péché. Au demeurant, qui parmi eux, dans cette abjection, pourrait désormais se prévaloir de quelque mérite que ce soit, si Dieu justement ne persistait par pure grâce à les considérer comme dignes de son amour, et cela au point d’offrir son Fils jusqu’à la Croix ?

La contemplation de l’humilité de Dieu en Jésus qui se met au rang des pécheurs pour recevoir le baptême de Jean doit nous guérir de toute prétention, et l’émerveillement devant les sentiments de Dieu de toute insensibilité. Voyez en effet la « joie » du Père en écho à son exhortation en Isaïe : « Consolez, consolez mon peuple » et son « grand désir » bientôt manifesté par le Christ que nous devenions ses adorateurs en esprit et vérité !

Quel équilibre est plus exquis que celui de la force et de la douceur, de la grandeur et de la grâce, de la majesté et de la tendresse qui se révèle dans la merveilleuse manifestation de notre Sauveur, dans son Épiphanie que nous célébrons de Noël au Baptême du Seigneur ? Elle nous est donnée à contempler non pour nous anéantir dans le sentiment de notre indignité, mais pour que l’Esprit nous soit donné de l’imiter.
Père Marc Lambret



Contact express