Pourquoi ne pas croire

Spectaculairement, l’attitude des auditeurs de Jésus dans la synagogue de Nazareth, son pays, passe vite de "l’étonnement devant les paroles de grâce qui sortent de sa bouche" à une hostilité extrême jusqu’à la fureur homicide. Dans le récit de Luc qui présente une scène inaugurale de la mission du Christ, Jésus lui-même provoque ce retournement. D’abord en évoquant et en assumant le fait qu’il n’a pas accompli de signes auprès des siens comme ailleurs, à Capharnaüm en particulier ; puis en donnant en exemple deux épisodes des Écritures où un prophète d’Israël opère des miracles en faveur d’étrangers plutôt que pour les siens.

Ainsi, Luc nous donne à comprendre que "l’évènement Jésus Christ", la fin tragique de sa mission avec le complot contre lui des chefs du peuples et le supplice infligé par les Romains, s’explique par le dépit de ses frères Juifs. Ils attendaient du Messie surtout une restauration de leur situation politique et économique, notamment pour les plus nantis, et pas tellement une offre de salut aux pécheurs, aux pauvres et aux étrangers. Ainsi, plutôt que de ne pas "le croire", ils n’ont pas cru en lui, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas placé leur confiance ni leurs espoirs dans ce prophète qui n’allait pas dans le sens de leurs intérêts. En fait, ils n’ont pas vu leur intérêt.

Car le salut apporté par Jésus, justement parce qu’il est offert aux pauvres et aux pécheurs, s’adresse à tous. Malheureux ceux qui mettent leur confiance dans les biens de ce monde qu’ils possèdent en abondance, et dans la justice qui vient des hommes parce qu’ils ne transgressent pas la Loi, du moins en apparence : ils ignorent leur faiblesse, leur pauvreté et leur péché, c’est pourquoi ils dédaignent ce qui peut leur apporter la guérison. Aujourd’hui, frères et sœurs, l’enjeu spirituel est le même bien que les termes aient changé : reconnaissons que nous ne croyons pas Jésus, ni en lui, quand nous n’aimons pas les pauvres ni les pécheurs.

Père Marc Lambret



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