Une joie qui demeure

Longtemps nous avons titré à plaisir en français cette pièce de Bach : « Jésus, que ma joie demeure ». Nous savons mieux aujourd’hui qu’il serait plus exact de traduire : "Que Jésus demeure ma joie !" Mais, au fond, quelle autre pourrait bien posséder cette qualité merveilleuse qu’elle "demeure" ? Les joies du monde, par construction, sont comme des feux de paille qui fusent en éclats de rire, jaillissent en cris aigus et crépitent en entrechats et battements de mains. Elles sont belles et bonnes, ces joies, mais fugaces et vite éteintes aux vents aigres des déconvenues de l’existence.

Le prophète Sophonie l’indique à Jérusalem, le motif de cette joie qu’il lui prescrit quatre fois en termes variés : « Le Seigneur ton Dieu est en toi ! » Puis il dit quatre fois de même la joie de Dieu qui répond à celle de sa bien-aimée. Bien sûr, avec toute l’Église depuis le commencement, nous y voyons la prophétie de l’incarnation du Fils de Dieu dans le sein de la Vierge Marie. Il naîtra, il grandira, il parlera et agira jusqu’à la consommation du mystère pascal, mais c’est pour toujours qu’il a pris demeure en notre humanité. Et la joie de la Mère de Dieu fait la joie de son Dieu dans l’éternité.

Cette joie parmi toutes constitue un caractère distinctif du disciple par la foi. Elle se tient au plus secret de lui, ne débordant d’habitude que comme une humble source d’eau claire et chantante qui coule en tout temps à la fontaine du village, qu’il passe ou non quelqu’un pour l’entendre et la voir. Elle éclate parfois en ces moments bénis que le Seigneur connaît, comme lorsqu’un amour pauvre et chaste unit deux coeurs simples dans l’accueil de la grâce. Elle veille invisible au temps des épreuves et des ombres mortelles. C’est la joie de Noël qui promet sa venue et ne décevra pas.
Père Marc Lambret

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