La crise de la vérité

Notre époque connaît une agitation nouvelle autour de la question de la vérité, même s’il n’est pas nouveau que cette notion soit aussitôt un pro-blème pour quiconque entreprend de la définir ou de la préciser. "Post-vérité", "vérité alternative" ou "faits alternatifs" sont autant d’étiquettes collées sur des mensonges éhontés, mais qui se parent d’une prétendue légitimité liée à la perte de confiance actuelle dans les instances de référence dont les oracles faisaient loi naguère encore. Autrement dit, chacun peut prétendre au droit de croire ce qu’il veut avec la même assurance qu’une "autorité" du temps où il en était de reconnues.

En milieu chrétien, on entend souvent déclarer comme un principe pour dirimer la question que "la vérité est une personne". Bien sûr, cette assertion fait référence à la phrase fameuse de Jésus dans l’évangile de Jean :    « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Mais cette réponse à Thomas qui se plaint de ne pas savoir où il va, et donc encore moins le chemin pour y aller, est un sémitisme qui signifie plutôt : « Je suis le chemin de vérité qui mène à la vie ». La parole du Seigneur à Pilate aujourd’hui nous pousse en ce sens : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. » Jésus est le Fils qui révèle le Père : sa parole efficace est vérité-dévoilement de celui qui est la Vérité absolument.

Le témoignage (" martyre " en grec) du Christ culmine à la Croix, dans le sacrifice auquel il est conduit parce qu’il est Fils de Dieu consubstantiel au Père. Ses adversaires ont perçu cette divinité insoutenable pour qui refuse de se convertir. C’est pourquoi l’évènement Jésus Christ est aussi un jugement (" krisis " en grec) : en présence de sa manifestation, l’homme se laisse vaincre par l’amour vrai et renonce à l’idolâtrie de soi, ou bien il refuse et s’enfonce. Hypocrisie des pharisiens, scientisme des positivistes, narcissisme de la post-vérité, les figures de l’obscurité se succèdent sans vraiment renouveler le genre « péché du monde ». L’Agneau est venu l’enlever pour nous ouvrir à la foi. Seul ce don de Dieu est la vérité qui nous établit dans la liberté royale du Christ lui-même.

Père Marc Lambret

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