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La messe sur le monde

Il est des ouvrages dont le titre seul sonne déjà comme un chef-œuvre, tel cet essai de Pierre Teilhard de Chardin où le célèbre jésuite médite le mystère de l’Eucharistie qu’il ne peut célébrer dans les formes, n’ayant " ni pain, ni vin, ni autel ". À ces trois éléments absents, il substitue par la pensée " la moisson attendue de ce nouvel effort " du jour qui se lève, " la sève de tous les fruits qui seront aujourd’hui broyés " et " la Terre entière ".

Cette vision cosmique est bien sûr fort évangéliquement inspirée. En particulier, aujourd’hui nous pouvons reconnaître dans la conclusion de la " petite apocalypse " en Marc une mise en perspective avec le Mystère pascal de Jésus de l’histoire tumultueuse du monde jusqu’à sa consommation. Chaque Eucharistie s’inscrit dans l’offrande que le Fils de Dieu fait de lui-même au Père pour le salut de cette Création qu’il a aimée jusque-là.

Tout baptisé offre pour sa part ce sacrifice unique. Écoutons le pape Léon que nous fêtions mercredi : "Tous ceux qui ont été régénérés dans le Christ, le signe de la croix en fait des rois, et l’onction de l’Esprit Saint les consacre prêtres. Ainsi, en dehors du service particulier de notre ministère, tous les chrétiens qui vivent en l’Esprit et selon la logique de leur vocation doivent se reconnaître comme participant à la race royale et à l’office sacerdotal. "

Et saint Léon poursuit : " Qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de consacrer à Dieu une conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les sacrifices sans tache de la piété ? " Cet office suprême est pour l’homme comme pour la femme. Toute messe est sur le monde, car au milieu de ses tourbillons et de ses convulsions se dresse la croix, notre Espérance. Et tout chrétien la célèbre de quelque manière lorsqu’il vit en fidèle et prie en vérité.

Père Marc Lambret