Heureux ceux qui croient à l'amour

Cette année, la Toussaint suit immédiatement le 31ème dimanche où, comme nous sommes en année liturgique B, nous entendons en saint Marc l’évangile dans lequel Jésus énonce le double commandement de l’amour, approuvé et répété par le scribe qui l’interrogeait. Puis, comme tous les 1er novembre, est proclamé à la messe le fameux évangile des Béatitudes en saint Matthieu. Il était donc tentant - d’une sainte tentation, j’espère - de rapprocher les deux dans ce macarisme* un peu inhabituel, cette béatitude de ceux qui croient à l’amour.

En effet, si l’amour est en un sens l’expérience la mieux partagée du monde, c’est aussi le lieu des désillusions les plus cruelles, au point que beaucoup sont tentés parfois - d’une malheureuse tentation sans doute - de ne plus y croire. Pour traverser les déceptions les plus graves, il faut dépasser une conception naïve et trop courte : si l’amour est bien sûr affaire de sentiments, il est plus profondément encore question de volonté et même d’intelligence. Il doit intéresser la personne entière pour ne pas rester voué à l’évanescence des buées de la nuit.

C’est pourquoi la formulation de Jésus, reprise par le scribe avec une variation sur le thème qui ne fait qu’enrichir l’harmonie – ce dont il est félicité -, enjoint au fidèle d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit (de toute son intelligence) et de toute sa force. À l’évidence, le second commandement mérite la même remarque, c’est pourquoi le scribe est aussi loué par Jésus de le rassembler avec le premier dans une unique formulation. À vrai dire, il faut aimer Dieu comme celui qui s’est fait notre prochain tel le Samaritain venu au secours de l’homme tombé aux mains des bandits.

Ainsi les deux ne font qu’un. Heureux ceux qui croient cela : forts de la foi en ce Crucifié qui nous aime et nous sauve, et qui nous apprend de la sorte à donner notre propre vie pour les autres, même nos ennemis, même les traîtres et les infidèles, ils ne seront plus jamais déçus par l’amour.
Père Marc Lambret
*macarisme : du grec « macarios », heureux



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