Que voulez-vous ?

Oui : que voulez-vous vraiment ? Je ne parle pas de désirs ordinaires ou de choix sans importance, mais de ce qui peut vous mobiliser tout entier durablement. Les politiques, par exemple, mettent en scène leur volonté comme ferme et considérable. Ne disent-ils pas souvent : « C’est une question de volonté politique » ? Il est vrai qu’en général c’est pour fustiger le défaut d’une telle résolution chez un détenteur du pouvoir quand ils sont eux-mêmes dans l’opposition. En cet état, ils n’hésitent pas à brandir leur propre volonté de le battre pour prendre sa place. Et, comme pour les sportifs, il n’est pas rare que les commentateurs notent que la victoire est revenue à celui qui la voulait le plus.

La question de Jésus à l’aveugle qui mendiait, Bartimée, n’a-t-elle pas la même portée fondamentale ? Il s’agit pour cet homme qui croupissait dans son état d’extrême dépendance de déclarer fermement sa volonté d’en sortir. Or, sa réaction au passage de Jésus et à l’appel transmis par ceux qui le rabrouaient l’instant d’avant, manifeste cette résolution dynamisante. Il a devancé la guérison en agissant comme si elle était acquise : il rejette son manteau avec son état de vie passé, il bondit et court, à croire qu’il voyait déjà clair. En fait, cette grâce lui vient en tant que don anticipé émanant de Jésus qui passait. Cet homme figure à merveille le catéchumène prêt pour le baptême qui accomplira en lui la grâce du salut.

Et ceux qui rabrouaient devenant des appelants, qui figurent-ils, sinon ces chrétiens habitués, rechignés et moroses qu’une bonne conversion peut et doit changer en disciples missionnaires ? Encore faut-il le vouloir vraiment. Tant de velléitaires y songent un temps puis repartent tristes et battus, repliés sur leurs biens ordinaires comme l’homme riche de l’évangile d’il y a quinze jours, au lieu de « jeter leur manteau pour bondir et courir », tel le fils de Timée aujourd’hui. Certes, le ferme propos de viser la vie éternelle est déjà une grâce de Dieu : par nous-mêmes, nous sommes incapables seulement de le former. Mais sans l’accord de notre volonté Dieu ne peut rien, car il veut nous accueillir par amour.
Père Marc Lambret




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