Le goût du pouvoir

Pourquoi dénoncer régulièrement le goût du pouvoir chez les grands de ce monde alors que cette inclination leur est utile, voire nécessaire et qu’il faut peut-être la reconnaître comme légitime ? D’ailleurs, loin d’affi-cher ou de simuler une sorte de détachement, les puissants en place ou en passe d’y accéder manifestent souvent leur satisfaction et leur appétit pour l’exercice des responsabilités : clairement, l’opinion publique y voit davantage une bonne disposition pour occuper efficacement le poste qu’un obstacle. Chacun s’en donne à coeur joie de fustiger les égos démesurés, les crocs acérés et l’arrogance enivrée des acteurs du monde d’en-haut, mais tous s’en satisfont, au fond, quand ils ne les envient pas.

D’ailleurs, Jésus lui-même ne rabroue pas ses deux disciples qui lui réclament sans ambages les premières positions. En revanche, c’est aux dix autres, indignés, qu’il fait ensuite la leçon. Auparavant, le dialogue entre le Christ et ses aspirants lieutenants est frappé au sceau d’une sorte d’ironie profonde : comment ne pas comprendre que, si pour Jacques et Jean les places à droite et à gauche du Seigneur dans sa gloire signifient bien une participation étroite à son pouvoir suprême, pour Jésus, elles renvoient au Golgotha qui se profile au proche horizon avec ses trois crucifiés, lui au milieu et deux malfaiteurs à ses côtés. Là, lui-même vivra son vrai baptême et boira jusqu’au bout la coupe tendue par le Père.

Mais les deux à ses côtés ne seront pas Jacques et Jean : ils n’étaient pas prévus pour cette heure-là. Ils auront la leur, le Maître le promet, mais plus tard, après le don de l’Esprit soufflé par le ressuscité sur des disciples sans compréhension jusqu’au bout. Maintenant ils ignorent encore le coût d’abaissement au goût amer dont s’assortit nécessairement la participation au pouvoir du Christ quand elle est acceptée d’une façon digne de celui qui l’octroie. Le cléricalisme sévit dans l’Église quand les supposés bergers dominent à la manière du monde avec la complicité des brebis, au lieu de trouver leur joie et leur consolation uniquement dans la communion au ministère du Pasteur qui donne sa vie pour tous les petits de son Père.

Père Marc Lambret

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