Les liaisons dangereuses

Il se trouverait dans l’ouvrage célèbre et sulfureux de Choderlos de Laclos une première version de ce qui est devenu l’adage révisé : « L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue ». Les disciples de Jésus, comme la majorité de leurs contemporains pensaient de semblable façon qu’une certaine fortune, non seulement constituait le signe d’une probable bénédiction divine, mais encore rendait plus aisée la pratique rigoureuse des commandements qui conditionnait le salut escompté. De là vient leur grande surprise quand le Seigneur se prononce de façon
nettement contraire à cette idée reçue.

La première raison en est le style de vie adopté par Jésus et partagé par ceux qui le suivaient : une itinérance constante qui imposait de voyager léger pour se consacrer à l’annonce de l’Évangile. Plus généralement, le Christ souligne à maintes reprises que la voie qu’il ouvre est celle du
renoncement à tout et à soi-même en vue du Royaume : à cette aune, tout ce qui nous lie à cette terre et à ses réalités devient un obstacle sur le chemin et augmente la difficulté du nécessaire détachement. De même que celui à qui l’on a le plus pardonné aimera le plus, de même celui qui a le moins sera plus prompt à tout donner.

Toutefois, la conclusion de l’épisode, « Pour les hommes c’est impossible, mais pas pour Dieu », nous réconforte et nous dissuade de tomber dans l’équation « riche égale perdu pour le Royaume ». Le dépouillement de soi pour revêtir le Christ est au-delà des forces de tout homme : c’est la
remise totale de soi au Dieu qui seul est bon, dans l’humilité de se reconnaître tout petit devant lui. Certes, tout ce qui nous enfle de nous-même s’oppose à ce mouvement d’abaissement à la suite du Christ, mais Dieu peut en donner la grâce à celui qu’il a comblé des biens de ce monde comme au plus pauvre de la terre.
Père Marc Lambret



Contact express