Aller à l'autre

Aller à Dieu, le Tout-Autre, n’est-il pas notre vœu le plus cher, et même finalement tout ce qui compte ? Or, non seulement ce désir est au cœur de tout homme, mais encore il peut définir notre humanité pour l’essentiel. Ainsi, reconnaître quiconque comme semblable implique de lui faire crédit de cette aspiration, quoi qu’il en dise et de quelque manière qu’il s’y prenne pour lui donner cours.

Jésus, selon l’évangile de Marc, "s’étant levé" partit pour les régions païennes (cf. Mc 7,24) : lui, le Juif, est allé à "l’autre". Ressuscité, il a envoyé ses disciples jusqu’aux extrémités de la Terre. Par la guérison de l’aveugle-né en Décapole, il leur montre pourquoi et comment vivre cette mission chez les étrangers. Comment ? En se faisant l’un des leurs, en adoptant leurs coutumes et usages, jusque dans la façon de procéder pour le miracle : manipulations, mot étrange, soupir et yeux levés au ciel, Jésus agit ici à la manière des thaumaturges païens plus ou moins magiciens. Cette démarche extrêmement "altruiste" a choqué ses contemporains, et même les évangélistes Matthieu et Luc qui évitent de reprendre cet épisode dans leur livret. Mais elle convient à l’abaissement du Verbe venu en notre chair pour nous apporter le salut : en lui, Dieu s’est fait homme, voilà qui fut et reste définitivement choquant !

De plus, pour nous qui connaissons le fin mot de l’histoire, les détails de ce récit indiquent aussi le prix de la rédemption des hommes : sur la croix aussi, les yeux levés au ciel, il "soupirera" une sorte d’Effata, il rendra l’esprit au terme du sacrifice qui nous a ouvert le ciel. Mais il prendra avec lui, là où il est entré ressuscité, ceux qui le suivent sur le chemin du don d’eux-mêmes par amour de l’autre.

Père Marc Lambret



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