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La lumière et l'objet

Assurément, la lumière donne à voir l’objet. En son absence totale, l’œil ne perçoit rien. Mais, réciproquement, l’objet fait apparaître la lumière. Dans un vide absolu, l’œil le plus sensible, même baigné de clarté
intense, n’en sentirait rien à moins d’être braqué sur sa source. Or, personne ne peut voir Dieu en face et vivre. C’est pourquoi l’évangéliste affirme : "Dieu, nul ne l’a jamais vu". Nous ne l’apercevons que dans ses reflets sur les réalités créées. Alors, que peuvent signifier nos "définitions", en particulier celle qui constitue le sommet de notre doctrine de la foi en l’énonçant comme "la Sainte Trinité" ?

Les mots sont comme la lumière. S’ils flottent suspendus en l’air, sans référence aux objets de notre connaissance, ils restent des formules vides au point de sembler aussi opaques que de simples bruits blancs. Les formules du catéchisme données à apprendre "par cœur" à des enfants – ou à des adultes ! - dépourvus de toute expérience chrétienne sombrent nécessairement dans l’insignifiance. Elles ne portent leur fruit de vérité que pour ceux qui en sont éclairés dans leur existence quotidienne exercée à mettre l’Évangile du Christ en pratique.

Ainsi, quand nous professons que Dieu est Un en trois personnes, "Père, Fils et Esprit Saint", ce n’est que dans la contemplation de Jésus, révélé par l’Écriture et la Tradition vivante, c’est-à-dire notamment la vie des saints, que ces mots prennent toute leur force de vérité pour nous, à condition de laisser l’Esprit conduire notre vie dans cette vérité : "Celui qui fait la vérité vient à la lumière". Jésus, au centre de l’énoncé de la Sainte Trinité, est à la fois l’objet qui en manifeste la lumière, et la Lumière elle-même qui dissipe pour nous l’obscurité du monde.
Père Marc Lambret