Heureux les ambitieux

Un ambitieux" : rarement quelqu’un se verra ainsi qualifié en bonne part. Le mot vient du verbe latin qui signifie "faire campagne en vue d’être élu" et, déjà au temps de la république romaine, il s’était chargé d’une connotation péjorative. Non seulement l’ambition peut pousser à des méthodes et des moyens malencontreux, mais encore cette passion dévore souvent ceux qui la nourrissent plus qu’elle ne les comble. En un sens comme en un autre, donc, il apparaitra pour le moins paradoxal de proclamer heureux les ambitieux.

Pourtant, s’il s’agit d’aspirations légitimes, elles ne sauraient être qu’encouragées. Thomas, par exemple, voulait s’assurer de rencontrer un véritable ressuscité et non quelque faux-semblant parce qu’il aspirait à retrouver celui auquel il s’était attaché "à la vie, à la mort". C’est pourquoi il accepta de se rendre au cénacle le huitième jour, malgré sa méfiance. Il fut certes récompensé, mais non sans que le maître lui indique, et aux autres aussi, la nécessité d’une confiance plus élevée que la sienne.

Saurons-nous, nous aussi, reconnaître notre peu de foi et désirer qu’elle grandisse en ce temps pascal qui nous y invite ? Heureux, certes, ceux qui "font leurs Pâques" religieusement dans le respect de la tradition et la fidélité à leur pratique habituelle. Plus heureux, pourtant, les affamés et assoiffés de la vision qui ne sera parfaite qu’au dernier jour, s’ils consentent les efforts nécessaires pour que leur foi se purifie et s’affermisse dans la prière fervente et l’écoute assidue de la parole de Vie.
Père Marc Lambret



Contact express