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Un échantillon

"Dans le monde entier on racontera en souvenir d’elle ce qu’elle vient de faire" déclare Jésus après l’onction à Béthanie. Pourtant, le personnage qui va ainsi entrer dans l’Histoire, c’est simplement "une femme", sans autre précision ; elle ne dit pas un mot et, comme réduite à son geste, s’évanouit du récit aussitôt après. La tradition qui l’identifie à Marie-Madeleine est très incertaine et contredit d’ailleurs Jean, le seul évangéliste où elle soit prénommée, qui la désigne comme Marie, sœur de Marthe et de Lazare. En tout cas, cet épisode ouvre le récit de la Passion selon saint Marc.

Or, chaque moment de la Passion est un temps dans l’œuvre de salut que Jésus accomplit pour nous. Tout ce qu’il souffre est manifestation de sa "mort à lui-même", corollaire de son amour jusqu’au bout dans le don de sa vie pour ses amis, et condition de notre acceptation du même sort. "Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons." Subir sans se troubler ni s’offusquer du traitement que lui applique la femme, rester disponible à sa personne et attentif à sa démarche jusqu’à l’interpréter de la meilleure façon possible, cela n’est pas moins prodigieux que de garder son cœur sans haine sous le fouet et les moqueries des bourreaux.

Déjà, accepter l’hommage ambigu de l’accueil à Jérusalem dans la posture humble d’un homme assis sur un ânon supposait la même égalité d’âme dans l’amour invincible de celui qui a décidé d’aller jusqu’au bout et qui sait que le bout est là. "Échantillon" désigne un élément donnant une idée du tout ; étymologiquement, ce mot signifie l’étalon, la mesure. Et, en effet, la capacité à vivre ses relations habituelles ou épisodiques dans l’humilité et sans mépriser personne, dans la chasteté et attentif avec bienveillance aux sentiments d’autrui, donne la mesure de la sainteté que chacun, chacune, a reçue, et de la vie ressuscitée qui lui est déjà donnée avec le Christ.
Père Marc Lambret