La mort une bonne fois pour toutes

"La bonne mort" : faut-il placer cette expression au rang des notions obsolètes, voir odieuses, comme "une bonne guerre" ? L’Église a toujours prié en demandant pour ses enfants la grâce d’un passage serein et bien préparé de ce monde à l’autre, ponctué par la pieuse réception du "viatique", c’est-à-dire le sacrement des malades et la sainte communion. Cet idéal était illustré par la figure du patriarche remettant son testament spirituel à ses fils rassemblés pour la circonstance, ou de la mamma versant jusqu’au bout sa tendresse irremplaçable à sa progéniture en pleurs à l’idée de son départ, mais surtout submergée d’amour et de reconnaissance. Notre époque moderne ne laisse guère de place à la possibilité de tels évènements, qui restent néanmoins assez désirables.

Pourtant, l’expression peut prendre un autre sens, plus élevé encore, à la lumière de la parole décisive de Jésus dans l’épisode de la résurrection de Lazare : "Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais." Celui qui accepte de "mourir à lui-même" dans l’amour du Christ accompli en son mystère pascal, meurt avec lui et traverse la mort en lui : il vit désormais ressuscité. L’humilité et la miséricorde se répandent en son existence sans plus être étouffées par l’orgueil, l’égoïsme et le souci de soi, pour le bien de tous et sa joie profonde que rien ne pourra lui ravir.

Il serait difficile de faire coïncider la passion du Seigneur, suite d’horreurs et d’injustices, de douleurs atroces et de moqueries infâmes, achevée dans l’indicible d’une mort en croix, avec les images d’Épinal de la "bonne mort". Or, sa mort est la meilleure du monde et de l’Histoire, celle qui, vécue une bonne fois pour toutes, fait échapper notre pauvre humanité et la création entière avec elle au pouvoir du mauvais, menteur et homicide dès l’origine. C’est ce que Dieu a promis à son peuple Israël dans un amour sans repentance, et la grâce qu’il a étendue "aux Grecs", c’est-à-dire à tous les peuples, pour sa gloire de Père des vivants à jamais.
Père Marc Lambret



Contact express