La loi et l'amour sont comme le fer et le feu

"L’amour est enfant de bohème, il n’a jamais, jamais, connu de loi… " Cette fière affirmation que chante si joliment la Carmen de Bizet n’est pas seulement un aspect de son tempérament, ni même l’idéal situé d’une époque moderne et romantique. Elle correspond à une expérience humaine universelle : la passion amoureuse peut pousser certains à franchir toutes les barrières et toutes les limites pour l’assouvir.

Bien sûr, ce mot n’a pas de validité en-dehors de situations extrêmes, lorsqu’un paroxysme d’émotion déborde les digues habituelles de l’existence. Au contraire, même, il faut tenir que la loi en général est un service nécessaire de la vie. En balisant le cours des rapports sociaux, en structurant les personnalités, en limitant le pouvoir des forts sur les faibles, elle permet aussi le juste épanouissement de ce qui dépasse en soi toute régulation et constitue le plus beau de l’homme.

Dans l’épisode de la purification du lépreux que nous entendons aujourd’hui se pose nettement le problème de la transgression de la Loi. L’homme impur enfreint toutes les interdictions liées à son état, poussant Jésus lui-même à la faute, mais obtenant de lui la guérison  "par compassion". Toutefois, le Christ ensuite le morigène sévèrement, l’envoie se mettre en règle et lui enjoint de ne pas ébruiter l’incident.

Non seulement le Seigneur n’est pas venu pour abolir la Loi, mais encore il enseigne fermement à la respecter. Pourtant, il reste disponible à un événement singulier dans lequel la Loi s’incline en quelque sorte devant l’amour, comme le fer se laisse plier lorsque le feu l’a porté à son point de fusion. C’est, en un sens, la croix de la Loi : elle s’accomplit dans la miséricorde en la personne même du Fils de Dieu sauveur du monde.

Père Marc Lambret



Contact express