Bienheureuse déchirure

En bon médecin, Jésus ne cache pas au patient la gravité de son mal ni la sévérité du traitement qu’il nécessite. En effet, la délivrance de l’homme possédé par un esprit impur nous est donnée aujourd’hui en exemple, non pas pour que nous rêvions d’opérer à notre tour des exorcismes spectaculaires, mais pour que nous mesurions ce qui est en jeu dans la conversion de tout homme à l’appel du Seigneur et par la puissance de sa parole. 

À la seule approche du Fils de Dieu, "l’esprit impur" se démasque, mais à moitié seulement tant il se manifeste mêlé à l’esprit de l’homme qu’il infeste. "L’auteur du péché", comme le nomme le rituel du baptême, est bien toujours à l’origine de nos fautes contre Dieu et nos frères. Son hostilité est totale et consciente : il sait contre qui il se dresse et que son temps est compté. Mais nous, nous n’avons pas une telle clairvoyance.



Qui parle lorsqu’est proférée contre Jésus une parole de défi qui ressemble paradoxalement à une profession de foi ? La traduction française suggère que c’est l’esprit impur, là où l’original grec indique que c’est l’homme qui parle. En fait, c’est l’un et l’autre mêlés, nous l’avons dit, même s’il faut plutôt imputer la peur à l’homme et la lucidité au démon. En tout cas, la cure consiste justement en l’arrachement de l’un à l’autre.

Le péché s’insinue comme une tumeur infiltrante que seule la Parole plus acérée qu’un glaive à deux tranchants peut atteindre à la jointure de l’âme. Il nous semble alors qu’on nous arrache une partie de nous-même. C’est la "déchirure" dont parle le texte grec et que la traduction rend par "convulsions". Mais, non sans douleur ni grand cri, c’est la délivrance. Jésus, le plus fort, nous libère du mal, et cela fait du bien ; à nous et à tous.

Père Marc Lambret



Contact express