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La colère de l'agneau

Cet oxymore ne figure pas dans l’évangile de Jean, mais dans l’Apocalypse (Ap 6,6). Comment l’image de l’innocent sans défense conduit muet à l’abattoir peut-elle se tourner en figure d’une puissance menaçante au point que tous les hommes s’enfuient et se terrent pour échapper au châtiment ? Il s’agit simplement de la perspective de ce qui s’appelle ailleurs dans les évangiles le Jugement dernier, très redoutable en effet mais lointain, rapprochée abruptement du régime de faiblesse et de vulnérabilité du Christ jusqu’à sa consommation dans le mystère pascal. Il ne faudrait pas s’y tromper : le Fils de Dieu dans sa condition humiliée se présente sans les attributs de la toute-puissance divine dont il s’est dépouillé, mais il est un seul et le même, celui qui partage éternellement la royauté universelle du Père et qui viendra dans la gloire pour juger le monde.

Or, le jugement est déjà porté contre l’ennemi : le diable et ses anges. Contre eux, et eux seulement, la colère divine est prononcée, et sur eux elle tombera implacablement à la fin. En attendant, la justice de Dieu se manifeste par la façon dont le Fils prend sur lui le châtiment dû aux pécheurs afin de les appeler, avec autant de douceur que de fermeté, à la conversion en leur promettant le pardon. Tous étaient tombés au pouvoir du mauvais et s’en faisaient complices par leur conduite mauvaise, mais chacun est accueilli avec douceur comme une victime s’il accepte seulement sa grâce. Au temps de l’Évangile, il n’y a que les
pharisiens hypocrites pour attirer sur eux la colère due au diable.



Le temps de l’Église où nous sommes est donc celui de la miséricorde à l’œuvre pour le salut de tous les hommes. Et nous sommes pressés de l’accueillir car, en vérité, il ne faudrait pas que nous le dédaignions jusqu’à ce qu’il soit trop tard. À l’image de son Seigneur, le prêtre de la nouvelle Alliance n’a pas d’autres armes pour vaincre la résistance de l’impénitent que l’inlassable patience du Dieu plein d’amour et de tendresse, et la puissante douceur de sa vérité. Il fait preuve de sa force en ne cédant pas à l’ennemi par l’emploi de ses moyens, dût-il en souffrir lui-même jusqu’à mort et passion. C’est pourquoi Jésus ne dit pas à
Simon qu’il s’appellera « Foudre », mais bien « Pierre » : laissons-nous bâtir sur cette fondation ferme et sûre dans l’Esprit Saint.
Père Marc Lambret