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Gouverner, c'est veiller

Les marins le savent bien, manœuvrer tôt et franchement permet souvent d’échapper au pire ou d’atteindre l’espéré. Pour se mettre en mesure d’anticiper ainsi, distinguer de loin est nécessaire, mais surtout, voir aussitôt que possible : d’où le caractère très précieux d’un bon veilleur, capable de scruter patiemment l’horizon vide pendant des heures pour apercevoir à son surgissement l’objet tant redouté ou désiré.

En effet, au vieux temps de la voile, la traversée durait des semaines, voire des mois, vers une terre parfois inconnue mais devant apparaître un jour au bout de la patience. En route, toutes sortes de rencontres, bonnes ou mauvaises, pouvaient survenir. Cette expérience fournissait une métaphore excellente de la vie humaine, et même de l’histoire du monde. Aujourd’hui, les engins volent sur l’eau et parfois en éclats, ainsi d’ailleurs que nos existences pressées et la terre en surchauffe.



Ce qui s’est perdu dans l’accélération, c’est notamment le sens de l’événement puisque l’homo consumator se pique de le "créer" à la demande, comme tout ce qui se vend et fait vendre. Or, à proprement parler, "l’avènement" est l’irruption d’un "novum" dont l’Incarnation est le cas par excellence : nul ne savait en dire d’avance le jour ni l’heure, pas plus que nous ne connaissons le temps de la venue du Fils de l’homme. L’Avent nous apprend à espérer ainsi dans la nuit de ce monde.

Telle est la veille à laquelle nous sommes convoqués. En hommes raisonnables et responsables, nous devons prévoir ce qui peut arriver comme suite logique de la situation que nous connaissons et de sa genèse, afin de gouverner sagement nos vies et tout ce qui nous est confié. Mais la sagesse divine nous apprend à ne pas vouloir dominer la réalité jusqu’à la contraindre dans les termes de nos désirs terrestres, sous peine d’empêcher l’Esprit qui fait toutes choses nouvelles.
Père Marc Lambret