L'honneur est sauf

Mis en cause gravement, certains hauts responsables réclament de passer en procès, sûrs que, la vérité éclatant, leur honneur s’en trouvera lavé. Une fonction de ce genre ne serait-elle pas à discerner dans le jugement dernier tel que le présente l’évangile de saint Matthieu aujourd’hui, au-delà de l’apparente injonction à pratiquer la charité maintenant pour éviter le châtiment à la fin ?

Car, bien sûr, nous nous situons nous-mêmes dans la catégorie de ceux qui sont en mesure d’aider leur prochain plutôt que dans celle des nécessiteux. Le fait est, d’ailleurs, que le texte s’adresse aux bienfaiteurs effectifs ou potentiels, et non aux malheureux secourus ou délaissés. Pour ces derniers, n’y a-t-il pas les Béatitudes ? Quant à nous, nous avons reçu et devons donner.
Pourtant, nul n’est à l’abri de se retrouver en situation de détresse, de quelque manière. Or, pour qui n’y est pas accoutumé, un tel état survenu est insupportable, non tant en raison de sa gravité propre que comme déchéance. Tenir son rang peut s’avérer une nécessité impérieuse au point qu’aucune autre ne saurait prévaloir. Et l’on acceptera de tout perdre, fors l’honneur.

Or, nous le remarquons aisément, le Christ se déclare présent en tout frère souffrant pour nous commander très gravement de le secourir comme si c’était lui-même. Mais nous voyons peut-être moins qu’il révèle ainsi la haute dignité de celui qui se trouve réduit à l’indigence. Oui, ce Jugement nous révèle la majesté royale de l’homme misérable et sauve l’honneur de tout nécessiteux.


Père Marc Lambret



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