Vivement la fin!

Au cours de la saison I, nous étions portés à espérer que le confinement ne durerait pas trop longtemps et que sa sortie sonnerait le retour à une vie normale, voire meilleure qu’avant. Aujourd’hui, replongés dans des
restrictions extraordinaires de nos libertés élémentaires, en particulier celle d’aller à la messe, nous n’osons plus trop rêver à un monde d’après qui chanterait. Nous en sommes plutôt réduits à soupirer dans l’attente d’une issue à échéance indéterminée et dans des conditions dégradées de façon plus ou moins grave. C’est pourquoi même le cri de "vivement la fin ! " peut sembler trop optimiste.

L’évangile ne nous prodigue guère de notations psychologiques en général : les récits sont sobrement factuels, même ceux des paraboles. Ainsi nous ne pouvons que nous adonner aux conjectures sur les sentiments du "mauvais serviteur ". Il me semble quand même que sa façon d’enterrer le talent en attendant le retour du maître montre son embarras : le dépôt lui pèse et il lui tarde de pouvoir le retourner à l’envoyeur. Ainsi, certains pourraient se croire pieux de vivre comme de mauvais gré, passant le temps aussi confortablement que possible dans l’attente d’un au-delà définitivement bien tranquille. Ceux-là se prépareraient une mauvaise surprise "à la fin ".



La véritable espérance ardente du disciple du Seigneur le porte à se dépenser sans compter dans cette vie qu’il reçoit comme une grâce anticipant sur celle de l’éternité bienheureuse. Il n’aspire pas à la fin d’un mauvais moment à passer, mais à la venue du Christ qu’il prépare et hâte par son travail, apostolique parfois, mais humanisant et utile à l’humanité en tout cas. Sachons donc en particulier chercher avec autant d’intelligence que d’énergie les manières dont nous pouvons tirer parti du temps présent, malgré ses peines et ses maux, pour entretenir les liens distendus par force, voire en créer de nouveaux. Car cette vie, si nous la partageons généreusement aujourd’hui, nous la retrouverons infiniment magnifiée en Christ "à la fin ".
Père Marc Lambret



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